D o m i n i q u e   G u e b e y    J u n g l e      Les belles lettres

Clics et claquantes

En français dans le texte

Barbey d’Aurevilly, Une vieille maîtresse
(2e partie, ch. IV Courrier par courrier) « Mais ce ne fut là qu’un instant ; un diable de mouvement ou un mouvement du diable qui ne dura pas, madame la comtesse. « Ta, ta, ta, — me dis-je in petto, — elle se moque de moi, après tout, cette commère-là, avec ses compliments à la comtesse de Mendoze… » »
Georges Sand, La Comtesse de Rudolstadt
(Ch. XXVII, Phébus coll. libretto) « — Grand merci, monsieur le docteur, je ne vous l’ai pas demandé, et je ne désire pas le savoir. — Ta ta ta ! reprit Superville, vous voilà tombée dans la voie romanesque où il plaît au prince d’entraîner tous ses amis. »
Céline, Mort à crédit
(p. 370 Gallimard coll. folio) « Quand ma mère a été bien sûre que j’étais bien casé… […] Elle est demeurée admirative un bon moment à faire : « Oh ! Ttt ! Oh ! Ttt ! »
(p. 380) « Il était pâteux, il était plus très bavard, il était calmé… Il faisait comme ça avec sa langue : « Bdia ! Bdia ! Bdia ! »… Il sortait du magasin… il vacillait d’avoir dormi. »
Claude Simon Le vent
(ch. XIII) « […] celui du second policier, les traits empreints d’une expression conciliante, sa bouche esquissant une légère moue, faisant entendre une série de : « Tt… Tt… Tt… », réprobateurs, ennuyés, disant : « Voyons… », […] si bien qu’il (le policier) dit : « Allons, allons !… », faisant de nouveau entendre le même petit bruit réprobateur : « Tt… Tt… Tt… », disant sans se retourner, sans cesser de lui faire face : « Hé, chef, y demande après les gosses ! », puis de nouveau : « Allons, voyons !… Allons ! TtTtTtTtTtTtTt… », puis […] »
Amélie Nothomb, Hygiène de l’assassin
(ch. 3) – Ta, ta, ta ! Cessez d'employer des mots dont vous ignorez le sens. De la pure bonté, jeune homme !
Georges Bernanos, Monsieur Ouine.
(ch. 6) « N’avez-vous pas d’ailleurs voilà cinq minutes essayé de me tuer ou quelque chose d’approchant, hein ? Ta, ta, ta, ne dites pas non. Je me suis senti visé avec la grande jument comme avec le guidon d’un fusil. »
« — Tarata tata… l’âme repose… l’âme repose… Alors comment fait-elle pour haïr, votre âme qui repose ? »
Morris & Gosciny, Dalton City.

— Je vous hais ! Je vous hais tous !!

Tsk, tsk, tsk… Après tout ce qu’on a fait pour eux.

Marc Lambron, Tu n’as pas tellement changé.
« 30 juin 1991 : « Philippe vient déjeuner à la maison. Revient de Milan et du lac de Côme. À la Scala, il a vu l’Attila de Verdi avec Samuel Ramey, direction Muti. Cabale : les chanteurs sont américains, les Milanais sifflent entrent leurs dents, tss, tss,… »

En traduction

Le Journal de Mickey
« Tut ! Tut ! Tut ! »
Virginia Woolf, La traversée des apparences (The Voyage Out)
Ch. II (p. 21 coll. La Pleiade, Oeuvres Vol.1) « Ridley émit un son qui peut se transcrire par « Ttt » »
Ch. XXVII « — Ta, ta, ta, ça ne paraît pas bien — non, ça ne paraît pas naturel du tout », murmurèrent les tricoteuses, la voix absorbée. »
Virginia Woolf, Nuit et jour
Ch. VI (p. 451 coll. La Pleiade, Oeuvres Vol.1) « Mrs Seal donna un instant l’impression de ne pas en croire ses oreilles, et lança quelques « tss… tss… » réprobateurs en secouant la tête et regardant tour à tour Mary et Katharine. »
Conrad, Un paria des iles
2e partie, ch. IV (p290 coll. La Pleiade, Oeuvres Vol.1) « "Tut ! Tut ! Tut !" fit-il, claquant la langue d'un ton désapprobateur. » (En anglais : Tse ! Tse ! Tse ! cf note page 1253)
Nabokov, Ada
p 454 2e partie, chap. V « Elle m’abandonna », poursuivit Lucette en produisant un « clic » d’un côté de la bouche et en lissant d’une paume pensive son bas chair pâle. »
Joyce, Ulysse
p. 201 / 204 (8e chap. Les Lestrygons – Bonbons à l'ananas, sucettes au citron… Trad. Tiphaine Samoyault)

«  Il dépassa le magasin Bolton dans Westmoreland street. Thé. Thé. Thé. J’ai oublié de taper Tom Kernan. »

«  Tsss. Tst, tst ! Trois jours faut voir à gémir dans un lit avec un mouchoir trempé de vinaigre sur son front, son ventre prêt à éclater ! Pffou ! Absolument effrayant !… »

Sterne, Vie et opinions de Tristram Shandy
(trad. Charles Mauron) L.V, Ch. I « Ha, ah ! Hi, Hi ! s’écrièrent la Bartarelle et la Maronnette en faisant de même. — Aïe ! cria l’une, ts, ts, dit l’autre, chut ! souffla la troisième, peuh ! peuh ! répliqua une quatrième. Grand merci ! cria dame Carnavalette : c’était elle qui avait emmoustaché sainte Brigitte. »

En V.O.

Thomas Mann, Der Zauberberg
(La montagne magique, Chap. 3 — Satan) « und verlegte sich auf ein schwerenöterhaftes Lächeln und Trällern. »T, t, t«, schnalzte er. ”Ei, ei, ei! La, la la! Du süßes Käferchen, willst du die Meine sein? » [1]
Kipling, Kim
Chap. 1 : Then he began, almost whispering: “Umballa is on the road to Benares – if indeed ye two go there.” “Tck! Tck! I tell thee he does not know how to lie – as we two know.” [2]
August Strindberg, Spök-Sonaten
(La sonate des spectres, acte 2) « (BENGTSSON pjollrar) Ta, ta, ta, ta ! Lilla lollan ska vara snäll nu, så får hon något gott ! — Vackra gojan !  »
Lewis Carroll, Alice’s Adventures in Wonderland
(ch. 9 – The Mock Turtle’s Story) « Tut, tut, child » said the Duchess. « Every thing’s got a moral, if only you can find it ».
Virginia Woolf, Night and Day
(Chapter VI) « Mrs. Seal looked for a moment as though she could hardly believe her ears, and made a deprecating « tut-tut-tut » in her throat, looking alternately at Katharine and Mary, and shaking her head as she did so. »
Hal Jensen, compte-rendu sur un livre de Laurent Binet
[TLS [3] May 5 2017, p. 23] « And there’s Eco, inspired by the “lost manuscript” of Binet’s novel, apparently conceiving The Name of the Rose. (Except it’s already 1980, the year the novel first appeared. Tut.) »

Voir aussi

Claude Hagège, Dictionnaire amoureux des Langues

(Plon/Odile Jacob, ISBN 978-2-259-20409-5)

Infinie diversité des gestes culturels qui font les langues, et de leurs contenus ! Ce qui est en Europe le bruit du baiser est dans le sud de l’Afrique une consonne que peut suivre une voyelle pour réaliser une syllabe d’un mot ! Cela ne veut pas dire, bien entendu, que les Hottentots ne se servent pas aussi de leurs lèvres pour distribuer des baisers ! Simplement, le baiser est aussi un son utilisé pour construire la charpente phonique des mots. Les populations parlant des langues à consonnes claquantes ont donc culturalisé en phonèmes, ou sons linguistiques, des gestes buccaux qui sont, chez tous les autres peuples, des gestes non linguistiques. Veut-on d’autres preuves de la diversité des talents humains face à l’urgente pression de la communication ?


Notes

Cre : 31 mar 2011 - Maj : 15 nov 2017

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Gen : 15/11/2017-11:16:13,21