D o m i n i q u e   G u e b e y    J u n g l e      Les belles lettres


D.A.F. de Sade (1740-1814) La Philosophie dans le Boudoir (suite - Sixieme dialogue)

Sixième Dialogue

Le Chevalier de Mirvel (Ch), Eugénie (Eu), Madame de Saint-Ange (S-A)

S-A : En vérité, mon frère, ton ami est bien libertin.

Ch : Je ne t’ai donc pas trompée en te le donnant pour tel.

Eu : je suis persuadée qu’il n’a pas son égal au monde… Oh ! ma bonne, il est charmant ! voyons-le souvent, je t’en prie.

S-A : On frappe… Qui cela peut-il être ?… J’avais défendu ma porte… Il faut que cela soit bien pressé… Vois ce que c’est, chevalier, je t’en prie.

Ch : Une lettre qu’apporte Lafleur ; il s’est retiré bien vite, en disant qu’il se souvenait des ordres que vous lui aviez donnés, mais que la chose lui avait paru aussi importante que pressée.

S-A : Ah ! ah ! qu’est-ce que c’est que ceci ?… C’est de votre père, Eugénie !

Eu : Mon père !… Ah ! nous sommes perdues !…

S-A : Lisons avant que de nous décourager. (Elle lit.)

 Croiriez-vous, ma belle dame, que mon insoutenable épouse, alarmée du voyage de ma fille chez vous, part à l’instant pour aller la rechercher ? Elle s’imagine tout plein de choses… qui, à supposer même qu’elles fussent, ne seraient en vérité que fort simples. Je vous prie de la punir rigoureusement de cette impertinence ; Je la corrigeai hier pour une semblable : la leçon n’a pas suffi. Mystifiez-la donc d’importance, je vous le demande en grâce, et croyez qu’à quelque point que vous portiez les choses, je ne m’en plaindrai pas… Il y a si longtemps que cette catin me pèse… qu’en vérité… Vous m’entendez ? Ce que vous ferez sera bien fait : c’est tout ce que je peux vous dire. Elle va suivre ma lettre de très près ; tenez-vous donc sur vos gardes. Adieu ; je voudrais bien être des vôtres. Ne me renvoyez Eugénie qu’instruite, je vous en conjure. Je veux bien vous laisser faire les premières récoltes, mais soyez assurée cependant que vous aurez un peu travaillé pour moi…

 Eh bien ! Eugénie, tu vois qu’il n’y a point trop de quoi s’effrayer ? Il faut convenir que voilà une petite femme bien insolente.

Eu : La putain !… Ah ! ma chère, puisque mon papa nous donne carte blanche, il faut, je t’en conjure, recevoir cette coquine-là comme elle le mérite.

S-A : Baise-moi, mon cœur. Que je suis aise de te voir dans de telles dispositions !… Va, tranquillise-toi je réponds que nous ne l’épargnerons pas. Tu voulais une victime, Eugénie ? en voilà une que te donnent à la fois la nature et le sort.

Eu : Nous en jouirons, ma chère, nous en jouirons, je te le jure !

S-A : Ah ! qu’il me tarde de savoir comment Dolmancé va prendre cette nouvelle !

D, rentrant avec Augustin : le mieux du monde, mesdames ; je n’étais pas assez loin de vous pour ne pas vous entendre ; je sais tout… Mme de Mistival arrive on ne saurait plus à propos… Vous êtes bien décidée, j’espère, à remplir les vues de son mari ?

Cre : 30 juin 2003 - Maj : 13 aou 2011

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