D o m i n i q u e   G u e b e y    J u n g l e      Les belles lettres

Albert SIMONIN, Touchez pas au Grisbi

(Gallimard, 1953)

[…]

Pensant avoir mal compris, tout le monde s’était tu.

On n’entendit plus soudain que le bruit de la houpette avec laquelle Jozy, la môme de Riton, se tamponnait le visage. Machinalement, la mère Bouche avait mis en veilleuse la rampe du percolateur qui sifflait un peu.

« Ton Riton, je m’en vais le fourrer », répéta le petit Frédo en se levant. Devant le zinc, personne ne mouftait.

Chacun pouvait en penser ce qu’il voulait, de cette provocation. A moi, ça rappelait la lecture du verdict au procès de Paulo-le-Pâle, l’instant où le président avait annoncé que Paulo y allait du cigare. Pour le petit Frédo, c’était du kif, sauf qu’il venait lui-même de prononcer sa condamnation. En supposant même qu’il rencontre pas Riton, ou bien qu’il mesure à temps la connerie de son attitude, rien que pour avoir léché cette vanne, il lui restait vingt-quatre heures à vivre, au mieux.

C’était le coup sûr, catalogué !

Quand la porte eut claqué sur lui, le silence persista. Au zinc, Larpin et Maffeux, les deux bourres, restaient muets eux aussi. Depuis une demi-heure qu’ils s’accrochaient au comptoir, les condés, on pouvait se demander pour qui ils étaient là.

[…]


Cre : 18 nov 2003

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