D o m i n i q u e   G u e b e y    J u n g l e      Les belles lettres


D.A.F. de Sade (1740-1814) Français, encore un effort… (suite)

Eu : Troubler ? Oh ! non, non ! votre ouvrage est fini ; ce que les sots appellent la corruption est maintenant assez établi dans moi pour ne laisser même aucun espoir de retour, et vos principes sont trop bien étayés dans mon cœur pour que les sophismes du chevalier parviennent jamais à les détruire.

D : Elle a raison, ne parlons plus de cela, chevalier ; vous auriez des torts, et nous ne voulons vous trouver que des procédés.

Ch : Soit ; nous sommes ici pour un but très différent, je le sais, que celui où je voulais atteindre ; marchons droit à ce but, j’y consens ; je garderai ma morale pour ceux qui, moins ivres que vous, seront plus en état de l’entendre.

S-A : Oui, mon frère, oui, oui, ne nous donne ici que ton foutre ; nous te faisons grâce de la morale ; elle est trop douce pour des roués de notre espèce.

Eu : Je crains bien, Dolmancé, que cette cruauté, que vous préconisez avec chaleur, n’influence un peu vos plaisirs ; j’ai déjà cru le remarquer, vous êtes dur en jouissant ; je me sentirais bien aussi quelques dispositions à ce vice. Pour débrouiller mes idées sur tout cela, dites-moi, je vous prie, de quel œil vous voyez l’objet qui sert vos plaisirs.

D : Comme absolument nul, ma chère ; qu’il partage ou non mes jouissances, qu’il éprouve ou non du contentement, de l’apathie ou même de la douleur, pourvu que je sois heureux, le reste m’est absolument égal.

Eu : Il vaut même mieux que cet objet éprouve de la douleur, n’est-ce pas ?

D : Assurément, cela vaut beaucoup mieux ; je vous l’ai déjà dit : la répercussion, plus active sur nous, détermine bien plus énergiquement et bien plus promptement alors les esprits animaux à la direction qui leur est nécessaire pour la volupté. Ouvrez les sérails de l’Afrique, ceux de l’Asie, ceux de votre Europe méridionale, et voyez si les chefs de ces harems célèbres s’embarrassent beaucoup, quand ils bandent, de donner du plaisir aux individus qui leur servent ; ils commandent, on leur obéit ; ils jouissent, on n’ose leur répondre ; sont-ils satisfaits, on s’éloigne. Il en est parmi eux qui puniraient comme un manque de respect l’audace de partager leur jouissance. Le roi d’Achem fait impitoyablement trancher la tête à la femme qui a osé s’oublier en sa présence au point de jouir, et très souvent, il la lui coupe lui-même. Ce despote, un des plus singuliers de l’Asie, n’est absolument gardé que par des femmes ; ce n’est jamais que par signes qu’il leur donne ses ordres ; la mort la plus cruelle est la punition de celles qui ne l’entendent pas, et les supplices s’exécutent toujours ou par sa main ou sous ses yeux.

Cre : 30 juin 2003 - Maj : 13 aou 2011

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