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Voigtländer Color-Skopar f1:4.0 21mm

  1. Présentation
  2. Caractéristiques
  3. En pratique
  4. Exemples
  5. Concurrents (et successeurs)

Présentation

Objectif très grand angle, paru en 1999 chez Cosina-Voigtländer, avec une monture vissante LTM (dite aussi M39). Cette version originelle (modèle MC) était vendue avec le viseur spécifique. Vint ensuite en 2007 la version P à baïonnette Leica M (dite VM chez ce fabricant). Bien entendu, une fois muni d’une bague d’adaptation, le MC/LTM s’utilise sans souci, non seulement sur un appareil M, mais encore (avec une seconde bague) sur un Sony A7 ultra-moderne (ou ses concurrents), ou tout appareil de type hybride au format APS-C (Fujifilm) ou micro 4/3 (Olympus, Panasonic…), tous ceux-là étant aptes à utiliser du M.

Une série de cet objectif a également été produite en monture S pour Nikon classique à télémètre : c’est le modèle SC [1]. Si vous êtes adepte de la monture Contax, il vous le faut impérativement !

On trouvera par ailleurs un commentaire sur l’intérêt du grand-angle [http://www.dg77.net/photo/leicaM/elm24.htm#intga]. Le 21 mm en particulier offre un large angle de vision, avec l’avantage d’une profondeur de champ considérable, qui facilite l’obtention de la netteté sur toute l’image.

Première version et son levier de mise au point caractéristique Color-Skopar 21 f/4 monture M39

Le bloc optique de ce 21 mm est resté inchangé depuis le début. Il faut dire qu’il donne entière satisfaction en argentique. L’ouverture peu poussée (f/4) facilite l’optimisation des performances.

Avec un appareil numérique, quelques problèmes apparaissent [2] mais des objectifs plus onéreux ne sont pas indemnes de difficultés comparables, difficiles à éviter sur un grand-angle ; au demeurant il y a des moyens de corriger ou atténuer les défauts constatés.

Cette petite optique de relativement modeste apparence (quoique de sérieuse manufacture tout-métal) fait de l’ombre à plusieurs autres 21 mm au prestige parfois décati. À côté de notre Color-Skopar récemment calculé, muni de verres modernes, comment justifier l’acquisition d’un Super Angulon usagé, proposé au moins deux fois plus cher ? Les Elmarit (Leica) ou Biogon (Zeiss) plus récents ont au moins l’avantage d’être plus lumineux, mais il restera à savoir jusqu’où on veut aller financièrement, pour une focale qui risque de ne pas être parmi les plus utilisées. De ce point de vue, le Color-Skopar a de sérieux atouts à faire valoir.

Le succès des mirorless alias hybrides, appareils numériques à objectifs interchangeables et monture à tirage court, a revigoré l’intérêt pour ce type d’optique compacte. Il s’avère que leur marché ne se limite pas à un public de photographes un tantinet traditionnalistes supposés cramponnés à leur vénérable appareil à pellicule. Avec leur mise au point manuelle et le diaphragme également contrôlé sans intermédiaire électronique, des objectifs très anciens s’adaptent à peu de frais sur des 24x36 dernier cri. Cette pratique est bien connue ; voir, par exemple, les adaptations d’anciennes optiques cinéma 16mm sur les Micro 4/3 [3].


Caractéristiques

Color-Skopar 21 f/4 sur un Leica M7

Cet objectif charme par sa petite taille : 25,4 mm de long selon le fabricant (je mesure 32 mm en comptant le pseudo pare soleil). Diamètre : 55 mm (filtres au calibre classique de 39 mm). Le poids annoncé est de 136 grammes sans les bouchons...

L’angle de champ diagonal est de 91° à l’infini. Le diaphragme a dix lames : pas mal pour un si petit iris. La distance de mise au point minimum est de 50 cm, ce qui est rare sur les appareils télémétriques ; on sait que le télémètre des Leica M ne descend pas en-dessous de 70 cm.

Cet objectif n’étant pas destiné à des appareils reflex, les concepteurs n’ont pas eu à tenir compte de la contrainte du miroir situé devant la surface sensible. La formule optique, huit éléments en six groupes, est un dérivé des Super-Angulon et Biogon à schéma quasi-symétrique. Cette conception autorise une correction supérieure de l’astigmatisme (ce qui est synonyme de netteté) et de la distorsion (ce qui explique qu’elle soit toujours en faveur pour les optiques de cartographie et reconnaissance aérienne). Un 21 mm sans distorsion est le premier choix si on veut pouvoir réaliser un tant soit peu de photos d’architecture.

Schema optique Color-Skopar 21/4.0

La partie arrière a une structure commune à pas mal d’autres grands angulaires, reconnaissable à son doublet : Elmarit pre-asph et ASPH, Kobalux Avenon, tous 21mm ; autre exemple : Minolta M-Rokkor 28/2.8. Voir plus bas la section Concurrents et successeurs, et la page de M. Marco Cavina (www.marcocavina.com [http://www.marcocavina.com/articoli_fotografici/Soviet_and_wide_lenses_on_Leica_M/00_p.htm] ).


En pratique

Avec un appareil télémétrique, le 21 mm nécessite normalement un viseur annexe. À moins d’utiliser un Bessa R4M / R4A ou, comme je le fais, un Leica (M7) à viseur 0.58. La fenêtre de visée (sauf port de lunettes) correspond alors au champ du 21. C’est d’autant plus pratique que ce petit objectif n’empiète pas ou très peu dans le cadre : on atteint là un confort maximum d’utilisation.

Ce qui nous amène à évoquer la question du pare-soleil. Sur mon C-S 21mm type MC, il se résume en fait à la bague porte-filtre : la protection contre les lumières obliques sera très limitée – c’est le lot de tous les objectifs grand angle. La page Tamron 17mm f/3.5 SP Adaptall [http://www.dg77.net/photo/tamron/tamron17.htm] montre le mieux que puisse être un pare-soleil pour 17 mm mais sur appareil reflex, (où on vise à travers l’objectif). Pour le Color Skopar 21/4 il semble qu’ait existé un pare-soleil rectangulaire, ajouré pour ne pas occulter la visée…

Un Leica IIIf, bon porte-objectif pour un 21 Color-Skopar « vissant ». Color-Skopar 21/4 sur Leica iiiF, viseur Voigtländer

Sur un Leica M numérique, on se souviendra qu’on peut activer une correction automatique des défauts de l’optique. Pour ce faire, on adoptera les réglages d’un objectif aux caractéristiques proches en désactivant la détection automatique de l’objectif dans les menus de paramétrage : Détection d’objectif > Manuel > Choisir 11134 (21/2.8). Ce paramétrage permettra de corriger l’assombrissement dans les coins.


Exemples

Noir et blanc à la Kodak TMax 400 TMY

Prise de vue dans une rue étroite.

f/8.0Trévoux (Ain - France)

L’alphabet braille :

f/11

Sans le buste du général Brosset (1898 - 1944), le premier plan serait bien vide. C’est un des points cruciaux dans la composition d’une image au grand-angle.

f/11

Grâce à la focale courte, cet immeuble intéressant a pu être photographié en entier. Néanmoins la légère convergence vers le bas des lignes verticales montre que l’appareil n’était pas rigoureusement horizontal.

f/8.0

Comme beaucoup d’objectifs de conception classique, le Color Skopar 21/4.0 offre un contraste moyen mais une bonne définition. Le fin grillage éloigné, peu visible au premier abord, a bien été reproduit, ce qui n’empêche pas la vis du montant à droite, très proche, d’être suffisamment détaillée. Les détails (“crops”) représentent un douxième (linéaire) de l’image de départ.

f/8.0
Détail 1, renforcement ajouté.
Détail 2, renforcement ajouté.

Assis, le M7 tenu entre les genoux, mise au point à l’estime ; l’automatisme a décidé du temps de pose. À main levée, les grands angulaires comme ce 21 mm autorisent des expositions relativement longues : le huitième de seconde est praticable, si les circonstances (ou la modeste ouverture du Color Skopar) l’imposent.

f/5.6
Avec un Leica IIIf de 1951, chargé à la Kodak Portra 400 (négatif couleur)

Concurrents (et successeurs)

Monture vissante
Monture M

Notes

Cre : 13 nov 2018 - Maj : 17 nov 2018

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Cre : 13 nov 2018 - Maj : 17 nov 2018