M-Rokkor 1:4.0/90
Sommaire
- Vingt ans après
- Présentation du M-Rokkor de 90
- Reportage à pleine ouverture avec un Minolta CLE (viseur 0,58x)
- 90 mm avec Leica M7 0.58 — sans loupe
- Situation difficile, 1/30e tenu avec le M-Rokkor 90mm
- Au stade
- Photo rapprochée
Vingt ans après
Du besoin épisodique d’une longue focale
Parfois, l’objectif standard de 50 mm est insuffisant : c’est qu’on ne peut pas toujours « zoomer avec ses pieds ». Exemple ci-dessous : une mare et une barrière délimitant le décor lors d’une fête de village m’avaient empêché d’approcher suffisamment les amis musiciens.
On peut recadrer, mais même avec une très bonne image de départ, cette solution a ses limites. Si on veut faire un fort agrandissement (on ne sait jamais, on peut un jour réussir vraiment une photo...), piqué et modelé seront dégradés.
Pour avoir une longue focale [1] sous la main, on peut prévoir un appareil reflex muni d’un 85, 135 ou autre. J’adopte cette solution quand je suis décidé à faire sérieusement de la photo de sport / spectacle / nature. Alors, le 90 mm macro ou le 80-200 sont de sortie. Parenthèse : je constate que, le temps passant, ces occasions se font plus rares (et je ne vous parle pas de la photo de charme...).
En prise de vue générale, si on a opté pour l’appareil télémétrique, ce n’était pas pour se retrouver avec une pesante sacoche, surtout à cause d’un reflex d’utilité marginale. Ainsi l’idée s’insinue de se procurer un objectif de focale un peu longue.
75 ou 90 ?
Le but étant d’avoir une focale assez sensiblement supérieure à 50, on négligera le 75 malgré d’autres attraits qu’on peut lui trouver. Il y a au surplus une raison pratique de déconseiller le 75 mm pour une utilisation occasionnelle : dans le viseur du Leica M, le cadre de visée ne consiste qu’en quatre petits coins proches de celui du 50 mm ; si on n’utilise pas très régulièrement le 75, on a toutes les chances de confondre dans le feu de l’action son cadrage avec celui du 50.
S’agissant d’une utilisation épisodique, il est exclu d’y engloutir une fortune, mais ce n’est pas pour celà qu’on doit sacrifier la qualité d’image. Voilà les excellentes raisons pour lesquelles ce petit 90 mm est réapparu dans ma besace, après quelques lustres d’oubli !
Longue focale et télémétrique
Compromis focale-luminosité
Une longue focale impose des durées d’exposition raccourcies (risque de bougé), c’est pourquoi une grande ouverture est souhaitable de prime abord. Or on sait que le télémètre atteint rapidement les limites de la précision requise quand la focale est plus longue et l’ouverture plus grande. Ce n’est pas que le déclenchement soit impossible à grande ouverture, mais il peut devenir très laborieux, surtout à courte distance (cas typique : le Summilux 75/1,4, pire que le Noctilux).
D’un autre côté, contrairement au reflex, la précision du point au télémétrique ne dépend pas de l’ouverture maximale (on ne vise pas à travers l’objectif). De plus, il ne faut pas fantasmer sur la luminosité, un diaphragme de f/4 demande déjà du soin. La profondeur de champ se restreint de plus en plus vite avec l’augmentation de la focale : au 90 mm à un mètre, elle n’est plus que de 31 mm (0,987 à 1,018 m — données Tamron). Par conséquent un 90 mm ouvert à f/4 est un compromis défendable (en télémétrique ; avec un appareil reflex, la visée est trop sombre).
Grossissement du viseur
La précision du point dépend de la base télémétrique et du grossissement du viseur. Avec une focale de plus de 50 mm, il est préférable d’utiliser un viseur au grossissement aussi proche que possible de 1x. Cela étant, les Leica M dans leur version 0,58x tout comme le Minolta CLE (de même grossissement et à la base télémétrique inférieure) offrent le cadre pour 90 mm ; on est donc en droit d’espérer que la focale est réellement utilisable avec ces viseurs. Bonne vision requise, dira-t-on : mais tout photographe lucide ne doit-il pas régulièrement faire vérifier et corriger sa vue ?
Présentation du M-Rokkor de 90
Ce 90 mm fait partie des 3 objectifs qui accompagnaient le Minolta CLE de 1980. [http://www.dg77.net/photo/cle/index.htm#mrokkor] Sa luminosité est modeste, mais en contrepartie son encombrement est limité : aucune excuse de ne pas le glisser dans un coin du petit fourre-tout. Même quand on dispose d’un télé plus lumineux et prestigieux, le M-Rokkor pourra postuler comme alternative si on part en expédition (montagne, voyage au long court...) afin de limiter au strict minimum le paquetage — et le préjudice en cas de sinistre... Ou tout simplement pour l’avoir dans une poche quand on part « à la billebaude » avec juste l’appareil sous le coude.
Autre bénéfice de ce petit gabarit : la qualité d’image. L’optimisation d’un court télé est tâche relativement aisée (angle de champ réduit par rapport au 50 mm ; et le chromatisme ne sévit pas comme avec les focales plus longues) ; si en plus il n’est pas lumineux, il est impossible que l’objectif soit mauvais — et celui-ci ne vous décevra pas.
La formule optique est de type longue focale conventionnelle, et non pas téléobjectif (le foyer est effectivement à 90mm du plan image au lieu d’une distance inférieure). Elle comporte quatre lentilles séparées. On distinguera cet objectif, manufacturé par Minolta en 1980-1983, du 90 mm de même ouverture Elmar-C (1973-1978) produit à Wetzlar par Leitz et destiné au Leica CL. Les deux bénéficient d’un traîtement multi-couches et donnent des images très très nettes si on veut bien les utiliser correctement. Le Leitz avait lui aussi 4 éléments séparés mais le schéma diffère. Des exemplaires en furent produits comme Rokkor-C pour Minolta. Le présent objectif, calculé ultérieurement par Minolta, est censé avoir à f/4,0 des performances un peu plus homogènes entre centre et bord (mais aussi du vignettage). Côté qualité de fabrication, la réputation des M-Rokkor n’est plus à faire : même un peu écornées par un long usage, ces optiques n’ont rien à rendre aux Leitz/Leica.
Reportage à pleine ouverture avec un Minolta CLE (viseur 0,58x)
Où l’on voit que ce 90 est utilisable pour des instantanés malgré un viseur et une base télémétrique très peu favorable aux longues focales.
Diapositive Kodachrome 25, pleine ouverture. Le vignettage visible sur le ciel uniforme n’est peut-être pas imputable seulement à l’objectif : il faut aussi tenir compte de la polarisation de la lumière solaire par l’atmosphère (les rayons bleus sont réfléchis dans un angle de 90° par rapport à la direction de la lumière).
...mais dur dur dans l’église sans flash, même avec de la Kodak T-MAX 3200 (TMZ) exposée à 1600 ISO. Ci-joint une des moins mauvaises photos.
90 mm avec Leica M7 0.58 — sans loupe
Remarques sur les viseurs grand champ
Le constructeur de Wetzlar implémente le cadre de 90mm dans ses M à viseur orienté grand-angle 0,58 x (dont le champ global correspond peu ou prou au 21 mm — diagonale 90°, pour 27° au 90 mm). On se souviendra que Cosina/Voigtlander offre un viseur équivalent sur ses R4A et R4M.
Ces boîtiers permettent d’utiliser un objectif grand angle sans viseur annexe, ce qui rend son utilisation autrement plus rapide. Pour les plus longues focales, on peut visser en un tournemain une loupe (chez Leica : 1,25x ou 1,4x) sur le viseur.
Portrait
La discipline du portrait
Des personnes photographiées sur le vif, celà se fait plutôt au 35 mm (semi grand-angle très utilisé en reportage de presse) : la méthode se rapproche du style « photo volée », pas si souvent intéressant. A l’opposé, le vrai portrait suppose que le photographe s’implique et prenne littéralement en main le(s) sujet(s). Dans ces conditions mieux maîtrisées, on peut utiliser de plus longues focales, dont un des avantages est d’offir une meilleure perspective, et, pour les groupes, de limiter l’anamorphose qui déforme les visages les plus éloignés du centre. On s’appliquera à éviter qu’un des personnages recule ou avance en dehors de la zone de netteté, beaucoup plus restreinte avec le 90 qu’au 35 mm. Le résultat obtenu pourra récompenser, et largement, d’avoir fait l’effort de contrôler la situation ; au surplus le modèle occasionnel préfère souvent être dirigé, il sera rassuré dès lors qu’il verra le photographe assumer sa fonction.
Portrait de groupe
Ci-dessous, le genre d’image qui peut payer à elle seule une pellicule. En l’occurence, sur trois vues successives, deux étaient nettes (la troisième montrait un peu de mollesse sur la bouche du sujet de droite qui s’était légèrement déplacé). Film Ilford XP2, f/4
Qui a dit qu’un objectif à portrait doit être « doux » et ultra-lumineux ? avec cet M-Rokkor les sujets sont très piqués (cf détail/crop ci-dessous) ; et comme avec toute longue focale, la profondeur de champ réduite (y compris à f/4) donne des flous enveloppants : ce qui procure exactement le contraste voulu pour bien détacher les personnages et mieux renforcer leur présence.
Situation difficile, 1/30e tenu avec le M-Rokkor 90mm
Conférences, théatre, concerts, et tous types de performance : malheur au photographe qui n’arrive pas à temps pour s’installer à une bonne place. En l’occurence, il s’agissait d’une lecture par le poète Yves Bonnefoy, et je me suis retrouvé dans un coin de la salle.
Utilisation d’un Leica M7 viseur 0.58 avec loupe 1.25 (ce qui donne un viseur 0.72 standard). Pellicule XP2 noir et blanc, très fine mais de type chromogénique (développement C41 comme les négatifs couleurs), par conséquent impossible de pousser le film.
Déclenchement au 1/30e f/4 ! Contrairement à mes craintes (souvenir de l’église vingt ans plus tôt...), ça a marché...
La même photo recadrée reste exploitable :
A la fin, la séance de dédicace a permis de s’approcher avec le 50...
Au stade
Environnement où le 90 mm est fort utile. Diapo Velvia 50 ISO, f/4.0 : à pleine ouverture et sur un fond relativement uni, on perçoit le vignettage (assombrissement à la périphérie).
Saut en longueur. De gauche à droite : Barbara Fanca (Stade Bordelais), Marie-Amélie Le Fur (AJ Blois-Onzain).
Photo rapprochée
Les appareils télémétriques ne permettent pas la macrophotographie. Mais il s’agit d’une spécialité, nécessitant un équipement spécifique ; on photographie plus souvent des objets de quelques décimètres et pour celà, un 90 mm mettant au point à un mètre peut convenir ; il ouvre en tout cas plus de possiblités qu’un 50 standard mettant au point à 70 cm : en fait les possibilités sont alors comparables à celles des reflex dont les standards descendent vers 50 cm. L’exemple ci-dessous a été pris au flash à main levée, avec le diaphragme à f/8. La deuxième image recadrée montre que le M-Rokkor se comporte très honorablement à courte distance.
Notes
- [1] « Longue focale » est le terme générique. On parle plus souvent de téléobjectif même si optiquement ce n’en est pas un stricto sensu. Cf la section Longue focale et téléobjectif [http://www.dg77.net/photo/tech/fasttele.htm#tele] dans notre page « Objectifs ultra-lumineux ».

