Leica Summarit-M 50 mm f/2,5
Présentation
La série des Summarit-M (35, 50, 75 et 90 mm, tous annoncés à f/2,5 — en fait plutôt f/2,4) est apparue en 2007. Elle offre des alternatives relativement abordables aux coûteux modèles ASPH.
Summarit (sans M) est à l’origine le nom de l’objectif de 5 cm lumineux (f/1,5) sorti en 1949 et destiné aux Leica III à monture vissante (ce premier Summarit ne faisait que reprendre le bloc optique du XENON de 1936, [http://www.dg77.net/photo/tech/fastvarg.htm#xenon] modernisé par un traîtement anti-reflet).
Ce 50 Summarit-M est un très classique double Gauss (typique Planar de 6 éléments en 4 groupes), mais optimisé avec les ultimes moyens de calculs et utilisant des verres up to date.
Summarit-M et Summicron
Avec un demi-diaphragme de moins, les dimensions ont pu être contenues dans un gabarit sensiblement plus réduit (longueur sans pare-soleil : 33 mm contre 46) que le réputé Summicron — ce dernier maintenu au catalogue sans doute pour satisfaire la frange un peu conservatiste des leicaïstes.
Ledit Summicron offre :
- un petit peu plus de luminosité (f/2,0),
- une mise au point qui descend à 70 cm au lieu de 80 pour le Summarit-M,
- une distorsion nulle,
- une couverture remarquable, jusque dans les coins, de la qualité d’image.
Le Summicron reste un très bon objectif (même si des utilisateurs pointilleux le trouvent un peu trop sensible au flare) ; mais, calculé il y a plus de trente ans (sortie en 1979), sa conception ignore les exigences draconiennes des capteurs numériques.
Optiquement, et toujours face au vénérable Summicron, notre Summarit-M est (en théorie du moins) vainqueur si on se fie au contraste : ses courbes FTM à f/4 ressemblent furieusement à celles du Summicron à f/5,6. Dans la pratique ces différences seront rarement perceptibles sur le tirage final (ne parlons pas de l’affichage sur moniteur informatique !). Car il faut des instruments de laboratoire pour pouvoir asséner ce genre de déclaration, dont sont avides surtout certains angoissés, en quête perpétuelle de l’objectif parfait.
Le prix du Summarit-M est sensiblement inférieur à celui du Summicron. Malheureusement cet avantage est quelque peu amoindri, car Leica suit les mauvais penchants du marketing contemporain et vend séparément le pare-soleil ; certes fort bien réalisé et d’autant plus efficace qu’il est rectangulaire, mais à un prix qui fera éternuer beaucoup de photographes du dimanche [1].
Pourquoi un S-M 50 mm ?
- Raisonnablement : un 50 mm d’ouverture modérée conçu au début du XXIe siècle ne peut pas être complètement mauvais...
- Qualité de fabrication (les Summarit sont made in Germany) face aux Cosina-Voigtländer et Zeiss ZM ; sans parler des innombrables alternatives disponibles en (minimum) seconde main, parfois excellentes mais aux carrières plus ou moins mouvementées. [2]
- Qualités optiques d’ensemble. A côté de son piqué irréprochable (ce qui, à vrai dire, n’a rien d’inattendu pour cette catégorie d’optiques), le 50 mm Summarit-M offre un rendement pratiquement constant à toutes les ouvertures et distances de travail. Son vignettage est négligeable, sa distorsion limitée. Il offre donc les qualités qu’on attend d’un « standard », l’objectif utile et suffisant dans la plupart des situations courantes.
- Complément parfait à notre bon vieux Noctilux :
- Formule optique quasi symétrique : garantie que la qualité est maintenue à courte distance (c’est d’ailleurs un argument fourni dans le dépliant Leica).
- Seulement 33 mm de long sans le pare-soleil : un amour de petit caillou. L’Elmar f/2,8 à monture rentrante (discontinué en 2007) était moins compact une fois déployé.
- En voyage : avec son petit gabarit, le Summarit-M est tout indiqué pour entrer dans le fameux travel-kit du touriste / voyageur / baroudeur. Il occupe si peu de place qu’il serait vraiment dommage de se priver de 50 mm — même si on est fana du 35...
- Efficacité : en plus du faible encombrement, la facilité enfantine de mise-au-point rend cet objectif idéal pour la « photo de rue ». Je sais bien qu’il y a des inconditionnels de la focale de 35 mm, mais je persiste à penser que le 50 est quand même la meilleure focale généraliste pour les instantanés (en extérieur bien sûr, je ne parle pas de ceux qui se distraient en photographiant dans une rame de métro). En outre, pour ce type d’utilisation, la luminosité du Summarit-M est amplement suffisante. [3]
- Subsidiairement :
- Un peu moins lumineux et de même formule optique que son contemporain le 50mm F2.0 T* ZM Planar de chez Zeiss manufacturé par Cosina, on imagine mal qu’il ne soit pas au moins aussi bon ; il est également impossible qu’il lui soit mécaniquement inférieur. Le Zeiss en question n’est pas beaucoup moins cher (20 %) et oblige lui aussi à l’achat d’un pare-soleil.
- Up to date :
- Aberration chromatique bien contrôlée (indispensable pour qui voudra tirer la quintessence de son Leica numérique).
- Verres sans plomb ni radio-éléments.
Spécifications
| Formule optique | 6 éléments en quatre groupes |
| Angle de champ diagonal | 24x36 : 47° |
| sur M8 : 36° | |
| Distance minimum | 80 cm |
| Champ minimum | 24x36 : 50,8 x 33,8 cm |
| sur M8 : 38,0 x 25,4 cm | |
| Diaphragme | 9 pales, f/2,5 à f/16 par demi-valeur |
| Filtre | Filetage interne standard E39 |
| Pare-soleil | Filetage externe avec arrêt |
| Long. sans pare-soleil x Diam. | 33,0 x 51,5 mm |
| Poids | 230 g. |
Exemples
- Voir aussi les pages comparatif :
- Summarit-M vs Noctilux [http://www.dg77.net/photo/leicaM/noct_comp.htm].
- Summarit-M vs Elmar 1953 [http://www.dg77.net/photo/leicaM39/elmar_comp.htm].
Pellicule TMX (Kodak T-Max 100). Un « instantané » comme il s’en fait tant (ensemble et détail).
Ilford XP2 400 ISO. Ensemble et détail, encore.
Vous ne trouvez toujours pas que c’est net ? f/5,6 1/125, Fuji Velvia 100. Curieux hasard de s’être installé à une terrasse en face de la maison natale de Francis Ponge... juste avant de lire dans le journal que j’allais pouvoir rencontrer Yves Bonnefoy.
Bel après-midi ensoleillé, contre-jour radical avec sujet en ombre découverte (et à courte distance) : on compte les cheveux, pas de trace de flare si on suit les contours. (XP2 400 ISO)
Technique de « photo de rue » que j’affectionne : un poste d’observation soigneusement choisi, confortablement installé sur une terrasse de café. Film Ilford XP2 400 ISO, f/8, distance préréglée à 5 m.
Kodak TMX (TMAX 100), f/5,6. Mon SCAN rend difficilement justice à la subtile gradation des gris du négatif.
TMX. Vue prise à f/2,5 ; le Summarit s’utilise rarement à f/2,8-4 ; c’est soit grand ouvert, soit 5,6-8.
Velvia 50.
Diapositive Velvia 50 ISO. Des verres contemporains, une correction chromatique améliorée (impératif de l’ère numérique [4]) : je trouve que la transmission des couleurs de ce petit standard est au dessus de tout reproche.
Notes
- [1] Par ailleurs ce pare-soleil est commun au 35 mm, ce qui signifie que sur le 50 mm il couvre moins qu’il ne pourrait. Je réfléchis au moyen de lui confectionner une petite extension, ce qui est moins simple qu’il n’y paraît : le système de blocage du pare-soleil interdit le vissage d’une simple allonge entre lui et l’objectif.
- [2] Certains trouvent l’aspect des Summarit-M trop cheap, pour eux qualité veut dire lourde monture en laiton tournant dans un épais fût usiné individuellement par un ajusteur chevronné. On répondra simplement que les Summarit-M sont des objectifs modernes, fabriqués selon les processus contemporains qui ont fait partout leurs preuves. Chacun sait qu’une automobile bon marché d’aujourd’hui est beaucoup plus fiable que les voitures de luxe d’il y a vingt ans. Quant à la présence de polycarbonate, qu’ils fassent l’expérience de heurter un mur avec un casque moderne en fibres, puis avec un casque lourd militaire en acier, et on verra ensuite ce qu’ils arrivent à en penser.
- [3] La photo de rue demande un déclenchement quasi-instinctif, elle se pratique de préférence diaphragme fermé pour assurer une profondeur de champ convenable ; dès lors une optique très lumineuse ne procure aucun avantage pratique.
- [4] S’agissant de la correction du chromatisme, le magazine Chasseur d’Images (n° 319, décembre 2009, p. 136) a testé le Summarit-M de 50 mm et lui attribue une mention Excellent (« frange de l’ordre de 0,08mm sur un tirage 30X45 » : selon leurs critères une aberration chromatique de 0,1 mm est invisible). C’est très intéressant pour qui voudra utiliser l’objectif sur un boîtier numérique (Epson RD-1, Leica M8 ou M9), type d’appareil très sensible à l’A.C.
















