Voigtländer Ultron f1:1.7 35mm Aspherical
Sommaire
- Présentation
- English abstract
- Appréciations générales
- Rendement optique et esthétique
- Exemples
- Comparaison avec d’autres objectifs
- Successeurs de l’Ultron 35 (monture M)
Présentation
Fabriqué au Japon de 1999 à 2007 par Cosina Voigtländer.
Très souvent utilisé avec une bague d’adaptation pour baïonnette Leica M, on se souviendra que c’est un objectif à monture vissante Leica 39 mm (LTM). Il intéresse donc non seulement les utilisateurs de Leica M, Zeiss Ikon ZI et autres récents Epson RD1, Voigtländer (R2A, R2M, R3A...) ou feus Hexar RF, Minolta CLE... mais encore les raffinés amateurs de boîtiers anciens. Ces derniers doivent savoir qu’ils trouveront en l’Ultron 35 le plus performant des objectifs de 35 mm (focale indispensable) pour leur appareil favori [1]. A nous les Leica III, les Canon S, les Bessa, FED, Zorki !
Ci-dessous leica IIIf avec Ultron 35 et viseur multifocales Imarect VIOOH.
L’allure délicieusement désuète de cet objectif cache un bloc optique très moderne, à formule complexe (apparentée à celle du Konica M-Hexanon 35 mm f/2,0 — ne pas confondre avec l’UC Hexanon, qui descend des W-Nikkor) : 8 éléments (avec une face asphérique) en 6 groupes. Longueur : 47,7 mm, diamètre : 55 mm ; poids : 203 g ; filtres M39. Pas si volumineux que ça si on considère par exemple le plus récent (et moins ouvert) Zeiss ZM Biogon f/2 ; d’ailleurs, il faut se rappeler qu’avec f/1,7 on frôle la catégorie des « super-lumineux ».
Au premier contact, on apprécie la fabrication « tout métal » : les Voigtländer nippons sont peut-être moins prestigieux que leurs concurrents germaniques, mais on est toujours loin des cadeaux-lessive souvent fournis au consommateur moyen. Le diaphragme a pas moins de 10 lamelles, ce qui est favorable, comme chacun sait, à la qualité du flou dans les zônes hors-netteté (et un trou bien rond, c’est mieux contre la diffraction).
English abstract
VC Ultron 1:1.7/35mm aspherical is a fine f/2,8 lens, with an f/1.7 emergency fast aperture (where it is a bit soft in the corners). It is sharp but with smooth rendering, giving beautiful pictures in colour as well as B&W. Out-of-focus zones are pleasant, softly blurred without harsh mixing of lines. It has a reputation to be flare sensitive, but it is said only relatively to the most modern state-of-the art lenses. Tested against an Hexar AF's 35mm/2.0 Hexanon, it was near impossible to show differences (only slightly warmer colours in the shadow).
Appréciations générales
Qualités
- Rapport qualité/prix simplement remarquable.
- Course de mise-au-point rapide.
- Luminosité intéressante. Le demi-diaphragme supplémentaire par rapports aux réputés Biogon (Zeiss) et autres Summicron (Leica) peut rendre service : en reportage, domaine de prédilection du 35, avoir moins de flou de bougé passe avant l’excellence des courbes FTM.
Défauts
- Repère de montage
- Le repère de montage est minuscule et indétectable au toucher, c’est agaçant et peut devenir très gênant en cas de changement d’objectif dans une ambiance sombre ou agitée. Remède : coller une demi-perle en plastique avec une résine ad-hoc.
- Distance minimale de mise-au-point
- Un peu lointaine : 90cm. A l’usage, cette insuffisance se fait très rarement sentir (peut-être simplement parce-que l’utilisateur d’appareil télémétrique est habitué à cette restriction).
- Un peu encombrant
- Critique à relativiser. Elle vaut surtout pour l’utilisation avec les Leica vissants, ou parce-qu’on compare l’Ultron 35 avec des objectifs moins lumineux, comme les Leica Summicron (f/2), Summarit-M et Voigtlander Color-Skopar (f/2,5) d’ailleurs reconnus comme remarquablement compacts (longueur inférieure ou égale à 35 mm).
- Pare-soleil / lens shade - lens hood
- Le pare-soleil d’origine est peu efficace mais gêne quand même un peu la visée. Heureusement les modèles Leica/Leitz 12504, 12538 ou 12585 conviennent parfaitement. A des prix moins exorbitants que ceux-ci, on trouve aussi des pare-soleil made in China. Le diamètre classique de 39 mm permet beaucoup de solutions.
- Qualité de fabrication variable
- Des problèmes d’assemblage ont été signalés. Pour ma part je n’ai pas eu à m’en plaindre en près de cinq années. Une méthode simple pour parer l’anomalie est indiquée sur Photo.net. [http://photo.net/bboard/q-and-a-fetch-msg?msg_id=006dyD]
Rendement optique et esthétique
Piqué
A condition d’éviter la pleine ouverture, où les bords sont en baisse (ce qui est a priori indifférent en reportage sur le vif), cet objectif donne des images nettes et contrastées, particulièrement à partir de f/4, l’optimum étant atteint à f/5,6. Les experts classent cette optique à égalité avec le Leica Summicron pré-asphérique.
Caractère et bokeh
Le rendu des zones hors-plan de netteté est plaisant, les nuances sont enregistrées sans sécheresse. L’Ultron 35 est un roi du bokeh : ce jugement est confirmé en le comparant avec un Konica M Hexanon (excellent objectif !).
L’Ultron est loué pour l’étendue des tonalités qu’il restitue, un argument sérieux aux oreilles des amateurs de noir-et-blanc. Ce qui n’empêche que j’aime beaucoup certaines photos couleurs faites avec mon Ultron 35.
Comportement à contre-jour
L’Ultron 35mm a une relative propension au flare (cf la confrontation avec le M-Hexanon). [http://www.dg77.net/photo/leicaM/compar35.htm] Face à de sévères contre-jours, il pourra montrer certaines faiblesses aux grandes ouvertures. Mais on compare là aux meilleures productions contemporaines. L’Ultron dépasse sur ce terrain à-peu-près tout ce qui se faisait antérieurement : comme souvent avec les objectifs Cosina-Voigtländer c’est un meilleur choix que bien des objectifs anciens trop souvent portés au pinacle et surcôtés à proportion de la poussière et des moisissures qu’ils contiennent.
Résumé
En bref, l’Ultron de 35 mm est un bon objectif f/2,8, doté d’une ouverture de secours de f/1,7 ; avec une certaine tendance à pâlir à contre-jour. On notera :
- Un peu mou à f/1,7-f/2,0, surtout sur les bords.
- Du flare (baisse de contraste due aux réflexions internes) assez sensible aux grandes ouvertures.
Aux diaphragmes moyens, il procure d’excellents résultats : cette optique est peut-être la perle cachée de la gamme Voigtländer.
Exemples
Quelques images faites avec l'Ultron..
Vite faite la photo souvenir, avec le Leica toujours prêt à servir. Les sujets enneigés montrent souvent de forts écarts de valeur entre les parties claires et sombres. Sur cette photo la perception du grain de la neige n’empêche pas d’avoir des détails dans les ombres.
Avec sa focale de 35 mm, notre Ultron est tout indiqué pour enregistrer avec précision les tranches de vie. Comme la suivante, cette photo est prise à une distance proche du minimum de 90 cm. Quoique cela paraisse un peu limitatif, je ne me souviens pas m’être senti handicapé en ces circonstances.
Une de ces photos qui me font apprécier la couleur avec l’Ultron. Noter le modelé des visages et les détails visibles sur les robes blanches, ainsi que le bokeh (caractère des zones floues, estompage des détails sans hachures ou multiplication de lignes).
Par rapport au 50, le 35 mm se prête bien à la prise de vue « sur le vif » ; mais il amène à se rapprocher du sujet, ce qui a pour contrepartie l’élargissement de la vue sur un décor plus panoramique. En situation de reportage, il faut agir vite, une difficulté sera souvent de se placer sous un angle où l’arrière-plan n'est pas trop envahissant ni perturbant. Ici on s’est déplacé latéralement pour que la camionette masque des éléments sans intérêt.
Ne jamais oublier : on photographie les enfants en se mettant à leur hauteur.
Là encore, le genre d’image et de circonstance où le 35 mm excelle.
Eclairage ambiant limité. Pellicule 400 ISO Fujicolor. Par rapport au 50 mm, le 35 donne un peu plus de marge pour photographier avec précision un sujet proche.
Image faite avec une fine pellicule noir et blanc Kodak TMax 100 (TMX). La combinaison de cette émulsion et des capacités de l’Ultron ont donné un tirage à la belle gamme de gris.
En revanche des éléments indésirables (surtout à gauche) affaiblissent l’intérêt de cette image et illustrent la limitation d’une focale semi grand-angle, signalée dans l’illustration précédente. Un objectif de 50 mm aurait amené à se placer un peu plus loin et à mieux serrer le sujet, avec moins de débordements au niveau de l’arrière-plan.
Classé souvent dans la catégorie « grands angles », le 35mm permet quand même d’obtenir à une distance suffisamment courte des zônes floues bien marquées. Cette photo prise à 90 cm et f/2,8 donne une idée du bokeh rendu par l’Ultron 35mm. Diapositive Velvia 50 ISO, flash.
Situation périlleuse : photo au flash en face d’un grand miroir. L’éclair est visible dans l’angle. Malgré sa réputation de relative sensibilité au flare, l’Ultron a bien surmonté l’épreuve. (Diapositive Velvia 50 ISO). Le diaphragme était à f/2,8 ou f/4,0.
Comparaison avec d’autres objectifs
Confrontation avec l’Hexar AF
J'ai effectué une série de prises de vue en parallèle avec l’Hexanon 35/2,0 de mon Hexar AF, objectif unanimement loué par ses utilisateurs. Les tests ont été mené avec de l’Ekta 100, dans différentes conditions (feuillage proche à contre jour, objet mince se détachant sur le ciel avec rayons solaires effleurant la lentille frontale, pelouse et pavés à une douzaine de mètres...). La conclusion est qu’il est très difficile de trouver des différences (à part une légère dominante chaude dans les ombres...).
Confrontation avec le Konica M-Hexanon
Voir la page consacrée à ce comparatif. [http://www.dg77.net/photo/leicaM/compar35.htm]
Successeurs de l’Ultron 35 (monture M)
En 2008, VC a lancé un Nokton Classic 35mm/1,4 en monture Leica M contemporaine. Ce nouvel objectif est à la fois petit, très lumineux et de prix abordable : trois qualités qu’en principe on ne trouve jamais réunies. Outre son ouverture de 1:1.4, il se distingue en effet par son excellente compacité : à peine 29 mm de long ! La formule optique (8 éléments en 6 groupes) est un double Gauss dont chaque partie est augmentée d’une mince lentille convergente près du centre optique (à l’instar du premier Leitz Summicron — cf la page sur les objectifs ultra-lumineux). [http://www.dg77.net/photo/tech/fastvarg.htm#planar35]
A la pleine et très intéressante ouverture (théorique) de f/1,4, le Nokton Classic donnerait un meilleur piqué que l’Ultron, mais avec un bokeh fort ingrat si l’on considère les exemples visibles sur la Toile. Par ailleurs il fait montre d’une forte distorsion qui indique que sa conception a obligé à beaucoup de compromis pour atteindre (difficilement semble-t-il) son attrayante luminosité. L’Ultron conserve donc de sérieux atouts : l’idéal serait-il d’avoir les deux ? Même au prix du neuf, le cumul de leurs coûts reste inférieur à celui d’un Biogon f/2,0 de Zeiss ou d’un Summarit-M f/2,5 de Leica.
Si l’encombrement n’est pas le critère premier, il existe une autre option : le Nokton 35 f/1,2 asphérique, [http://www.dg77.net/photo/tech/fastasph.htm#nokton3512] moins performant mais sans équivalent lorsque, dans l’ombre ou les intempéries, le problème est simplement de faire coûte-que-coûte une image.
Notes
- [1] Il y a encore le Konica UC-Hexanon, très bon et bien fabriqué mais surcôté, et affecté d’aberration sphérique qui lui confère certes un « caractère » particulier, mais est cause de focus-shift nuisant à la précision de mise-au-point.










